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Le
menhir de Port-Mort, mieux connu sous l'appellation "Gravier
de Gargantua", se trouve sur la D313 à l'entrée
du village sur la gauche en venant de Gaillon ou des Andelys (» Voir
plan).
Un menhir est un monument mégalithique
constitué d'un grand bloc de pierre dressé intentionellement
par les hommes du néolithique.
Il démontre ainsi la présence d'établissements
de l'époque celtique. La Seine à cette époque
est la frontière sud du peuple des Véliocasses dont
le nom se retrouve dans Vexin.
Les Véliocasses occupaient la rive droite depuis l'Epte jusqu'à
la vallée de la Sainte Austreberthe, à l'ouest de
Rouen. Au-delà s'étendait le pays des Calettes dont
dérive le mot "Caux", pays de Caux. On a retrouvé
de très nombreux habitats celtiques autour des Andelys et
spécialement dans les forêts environnantes sur le bord
du plateau. Ainsi à Richeville, Cantiers, Villers. Plus près
de Port-Mort, à Hennezis, Bucaille, Guisenier, Mézières,
à Pressagny l'Orgueilleux où il y a des restes de
pavage, d'un puit, de murailles. A la limite même de notre
commune sur le versant retombant sur Bouafles. Aucune de ces villas
n'a fait l'objet de fouilles systématiques mais elles prouvent
l'occupation ancienne et dense des plateaux encadrant la vallée.
Songeons que les Véliocasses ont fourni 3 000 guerriers pour
l'armée de secours qui s'est portée sur Alésia
pour débloquer Vercingétorix, ce qui laisse supposer
une population d'environ 15 000 à 20000 personnes au minimum.
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Pourquoi
Gargantua? Rabelais n'y est pour rien. Il
existe une légende, rapportée par la tradition orale
et que deux auteurs ont contée dans des ouvrages datant respectivement
de 1830 et 1879.
Le Prévost, en 1830 conte que Gargantua construisait la côte
dite "Côte Frileuse" qui est devant le Château
de Graville, quand il sentit un caillou dans sa chaussure. Il l’enleva
et le lança loin derrière lui. Ce gravier retomba
à son emplacement actuel.
Le comte de Pulligny, en 1879 donne, pour sa part, une version légèrement
différente. Selon lui Gargantua et Grandgousier étaient
un jour dans la tant yolie ville de Mantes. Ce hardis voleurs
enlevèrent leurs chevaux et se sauvèrent par le chemin
suivant la Seine qui mène aux Andelys. Gargantua et Grandgousier
firent donc grand haste pour rejoindre les larrons. Mais
arrivé à Port—Mort Gargantua se trouva bien
empesché, il s’assit sur le bord de la route et,
ayant détaché son soulier, il en retira une pierre
qu’il jeta en ce lieu au grand esbahissement des
gens de Panilleuse qui revenaient du marché.
Les versions de Le Prévost et de Pulligny diffèrent
peu, car il s’agit toujours d’un caillou oté
d’une chaussure, mais dans les deux cas, il ne s’agit
que d’une légende. Cette légende est certainement
antérieure à Rabelais qui n’a fait qu’emprunter
un mythe extrêmement populaire au Moyen-Age, celui du géant
Gargan. Dans ces légendes, Gargan est toujours un colosse,
un demi-dieu, mythe celtique correspondant au grec Hercule, ou au
juif Samson.
Les celtes avaient en effet des Dieux. Dans cette mythologie celte
il existait une déesse Belissima, vierge mais fécondée
par l’esprit divin de Belen, qui engendra un fils qui fut
"celui de la pierre géante".
Or en langue celte,
Pierre se dit GAR,
géant, grand se dit GAN,
celui, l’être, l’homme se dit TUA.
Celui de la pierre géante est donc en langue celte, "Gargantua".
Il n'est donc pas déraisonnable de penser que cette dénomination
de Gargantua, que portent de nombreux mégalithes, a pour
origine le nom de ce demi—dieu celte. Le gravier de Gargantua
est donc, peut—être, la statue d’un dieu de l’époque
et il pourrait avoir, dans ce cas, une origine religieuse.
La légende de Gargan est attachée très fréquemment
à des rochers qu'il aurait déposé : en Bretagne
de nombreux menhirs sont dits "Pierre de Gargantua". Tout
près de chez nous à Dormont, commune de Saint-Pierre
de Baillol, Gargantua a renversé la terre qu'il transportait
dans une hotte et cela a fait deux buttes. Les légendes localisent
très fréquemment Gargan sur une colline dont il fait
sa chaise dominant une rivière où il se baigne les
pieds. Ainsi à Mont-Gargan, une des collines dominant Rouen,
à Saint Adrien "le fauteuil de Gargantua", à
Duclair "la chaise de Gargantua", au Thuit près
des Andelys, Gargantua a un siège dit "le rocher à
tête d'homme".
Quelle
est la signification de ce mythe? Elle est double : patriotique
et religieuse. Patriotique, Gargan est associé aux luttes
des Gaulois contre les Romains et l'inventeur d'Astérix n'a
fait que reprendre dans ses bandes dessinées la légende.
Plus tard, pendant la Guerre de 100 ans, il se bat contre les Anglais.
Dans certaines légendes il est même compagnon de Jeanne
d'Arc. Rabelais lui aussi qui écrit à l'époque
des guerres contre l'Empire de Charles Quint dresse Gargantua contre
un autre géant Picrochole dans lequel tous les contemporains
ont reconnu Charles Quint. Gargan c'est l'archétype du Gaulois,
grand mangeur, coureur de jupons, querelleur, patriote à
ses heures.
Signification religieuse beaucoup plus discutée Gargan c'est
le vieux fond celtique, païen. Il est souvent confondu avec
Satan. Les Bénédictins ont dès le Haut Moyen-Age
forgé le mot latin Gargantuates = "ceux de
Gargan" = "la bande à Gargan", pour désigner
les païens. Bref il faut voir dans ce menhir non seulement
la preuve d'une occupation celtique, mais dans le nom qui lui a
été donné le sentiment mitigé de fidélité
populaire et de réprobation inspirée par l'Eglise
que le peuple a conservé longtemps pour les anciens cultes
celtiques.
Une borne
de frontière ou de signalisation ? Mais
il peut, aussi, avoir une origine plus utilitaire. Nous sommes ici,
à Port-Mort, en bordure de Seine et, dans les temps anciens,
ce fleuve a présenté la particularité de pouvoir
être traversé à gué. Il existe, en effet,
au travers du lit de la rivière, une barre rocheuse dont
on s’est d’ailleurs servi :
1. A l’époque gallo romaine pour construire une route
d’Eburovice (Evreux) à Bellovaci
(Beauvais) franchissant la Seine à gué au droit de
Châteauneuf.
2. Au siècle dernier pour établir un barrage destiné
à élever le niveau de ce fleuve afin de faciliter
la navigation.
Un gué traversant la Seine, c’est un itinéraire
qu’il était peut—être bon de signaler pour
faciliter les déplacements. C’est une hypothèse
plausible.
Plus proche de nous, le dernier châtelain de Port-Mort, le
Comte de Graville nous a appris que cette pierre a marqué,
au Moyen Age, la limite entre le royaume de France et le Duché
de Normandie. Cette limite a toujours été fluctuante
mais à un certain moment, le gravier de Gargantua aurait
servi de borne pour matérialiser cette frontière.
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