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LA RÉUNION DES PAROISSES DE PORT-MORT

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècles existaient à Port-Mort deux paroisses. La première se nommait Saint Pierre de Port-Mort, l’église se trouvant dans l’enceinte actuelle du cimetière, la seconde portait le nom de Saint Martin de Châteauneuf, l’église se situant en contre bas du piton rocheux de la butte de Châteauneuf face à la centrale hydraulique.

Nous allons nous intéresser aux événements, qui durant les années 1769 et 1770 ont marqué l’extinction de la paroisse de St Martin de Châteauneuf.

Au début de l’an 1769, Robert CAREY, curé de la paroisse de St Martin, devant les faibles revenus de sa cure et les frais à assumer, fait dresser un procès verbal de l’état de l’église et des revenus y attenant, puis les transmet à son évêque.

Le 11 du mois d’octobre, Dominique de la Roche-Foucauld, Archevêque de Rouen, Primat de Normandie attendu

"qu’il n’a point de presbytère sur la cure de St Martin et qu’il y a même un procès entre le curé actuel et les paroissiens de la dite portion pour taire juger s’ils sont tenus de loger leur curé, que l’église de la seconde portion parait n’avoir été autrefois et dans son origine qu’une chapelle castrale et qui, sans trop savoir comment, est devenue paroissiale, sans que cependant il y ait encore actuellement aucun cimetière, sans qu‘on y baptise les enfants, qu‘on y publie les bans de mariage et qu’on y fasse les enterrements, l'‘église de la première portion étant en possession de faire toutes ces fonctions pour les habitants de l’une ou l’autre"

pense qu’il est nécessaire de supprimer le titre de la seconde portion et d’en unir les revenus au titre de la première. A ces fins il nomme pour faire visites, informations, enquêtes, procès verbaux Monsieur l’Abbé de LASTIE, vicaire général, mission que celui-ci accepte le 14 octobre.

Le 24 octobre, l’Abbé de LASTIE se rend à 8h du matin à l’église de St Martin, visite dont il dresse ce procès verbal:

"La dite église est très pauvre, sa fabrique n’ayant que quarante livres de rentes sur lesquelles on en donne dix livres et seize sols au Sieur Curé pour l’acquit des fondations; qu’elle est située en un lieu très incommode, très escarpé et d’un très difficile accès, qu’étant enfoncée dans le roc elle est fort humide, peu seure à cause des pierres, qui peuvent s’en détacher que la couverture de la dite église étant posée contre la roche laisse des ouvertures qu’il n’est pas possible de remplir."

A 10h du matin, suite à cette visite il se rend au château de Port-Mort où il séjournera jusqu’au 20 novembre, afin d’y entendre les consentements et oppositions des témoins nécessaires et habitants de Port-Mort. Ceux-ci furent invités par lecture aux prônes des deux églises lors des messes des dimanches 15, 21, 29 octobre à venir faire par de leurs observations éventuelles.

Le 20 novembre, furent convoqués au château pour entendre les fins du dit réquisitoire et pour donner leur consentement:

  • Le seigneur de Port-Mort et patron présentateur des dites paroisses, Messire Nicolas Louis JUBERT,
  • Les deux curés Sieur Toussaint BELLAMY, curé de la 1ère portion et le Sieur Robert CAREY, curé de la seconde,
  • Les syndics et trésoriers des deux fabriques, Pierre FAUQUET, Philippe POSTEL et Adrien QUESNOY.
  • Et comme témoins assignés les Sieurs De la NIEPE, escuyer, De GAILLARDBOIS, escuyer, DROUET, escuyer, GENTIL, curé de Mézières, DESONCHES, curé de Gaillon, GUILBERT, curé de St Pierre-la-Garenne et les nommés Charles PELLIER, Nicolas BREHAN, Nicolas Philippe ANGOT, laboureurs demeurant en la portion de St Martin.

Suite à la remise du réquisitoire par l’Abbé de LASTIE à l’archevêque, celui-ci prend le 23 décembre un décret visant à supprimer la seconde paroisse et à l’unir à la première aux clauses et conditions suivantes :

  1. "Le curé de St Pierre de Port-Mort et ses successeurs seront tenus de faire sur les revenus de leur cure une pension annuelle et viagère de 400 livres au curé Robert CAREY au domicile qu’il sera tenu d’élire à Rouen.
  2. Pour ne point priver de secours spirituels les habitants de la paroisse de St Martin, un vicaire sera établi pour desservir la chapelle succursale de Châteauneuf sous la dépendance du curé de St Pierre; à charge du dit curé de lui verser sur ses revenus une somme de 500 livres plus 50 pour le logement. Le vicaire devant prendre si possible logement à Châteauneuf, toutefois jusqu’au décès du curé Robert CAREY cette somme de 550 livres sera ramenée à 400 livres.
  3. Le vicaire sera tenu de faire école aux garçons pauvres de la commune.
  4. L’église de St Martin devra être conservée comme telle jusqu’à qu’il en soit construit une autre plus commode.
  5. Lorsque la pension viagère sera éteinte par le décès du Sieur CARET, il sera établi une maîtresse d’école pour les filles de la paroisse, prise dans une communauté de sœurs, laquelle demeurera dans le hameau de Châteauneuf. Il sera donné à la sœur sur les revenus de la cure la somme de 250 livres; la sœur sera installée 1 an après le décès du Sieur CAREY, les premières 250 livres serviront à l’achat des fournitures de meubles ustensiles d’école que les paroissiens seront obligés d’entretenir par la suite.
  6. Les frais faits pour parvenir au présent décret d’union et d’extinction et à faire jusqu’à l’enregistrement des lettres de patentes et signification d’icelles seront payés par le Sieur curé de la paroisse de St Pierre de Port-Mort."

Ce décret fut confirmé par une lettre de patente, le 19 janvier 1770 signée "Louis XIV en l’an 55e de notre règne" et fut exécutoire par l’arrêté de la cour du parlement de Rouen rendu le 1er mars 1770.

Cette période de l’histoire de Port-Mort sonna le glas de l’église de St Martin de Châteauneuf, mais aussi annonça la création de l’école des filles de Port-Mort (actuellement la maison située entre la boulangerie et les Sapeurs-Pompiers). La réunion des deux paroisses explique peut-être pourquoi en 1875 le successeur du seigneur de Port-Mort, le Comte Douet de Graville a fait édifier l’église actuelle en un lieu à égale distance des deux anciennes églises.

 

 
LES FABRIQUES DE PORT-MORT haut de page

Les paroissiens étaient réunis en "fabrique", personne morale gérée par le conseil de fabrique, qui tirait de ses biens les revenus pour entretenir leur église et assurer le fonctionnement du culte. Nous trouvons aux Archives Départementales des baux de mises en location les terres des Fabriques auprès des Paysans locaux.

En 1790, la fabrique de St Martin de Châteauneuf dont le trésorier se nommait Martin BREHAN, possédait 21 perches de labours, 12 perches 1/2 de prés et l’église de St Martin.
La fabrique de Port-Mort dont le trésorier se nommait Marin BESSIN possédait 2 arpents 83 perches de prés, 45 perches de terres, 2 arpents 1 perche 1/2 de labours, le vicarial ( maison et jardin situés en face du cimetière, rue du Port ), l’église St Pierre et le cimetière.
Le Curé en charge de la communauté de Port-Mort possédait une maison presbytérale et autres bâtiments sur une surface de 72 perches, la maison en occupant 2 ( propriété rue Pointe Mule, face au cimetière ).

En l’an IV de la République (1795) les biens des deux fabriques, ainsi que ceux de celle d’Hennezis ( 52 perches de terre sur le Thuit ), et le presbytère furent confisqués par la Nation. Le presbytère et le vicarial furent cédés au citoyen JONNARD dit la Grâce de St Pierre de Bailleul, les autres biens vendus aux citoyens de Port-Mort : Thomas BESSIN, Nicolas ANGOT, Marin LOHY, Jean Pierre LOHY, François LAURENT, Thomas VIVIEN, Joseph LEFRANÇOIS.

De tous ces biens confisqués il restera à la commune de Port-Mort :

  1. L’église de St Martin de Châteauneuf, église construite avant l’an 1100, le long de la falaise son mur de gauche était constitué par la roche taillée verticalement, ses dimensions étaient approximativement de 15 par 8 m, le chœur de 5 sur 5 m. Elle fut restaurée après 1180 par les moines de Mortemer.
    La dernière année du XIIe siècle, Philippe AUGUSTE fît construire au sommet de cette falaise surplombant l’église, un château fort appelé "Châteauneuf". Il y maria l’année suivante (1200) son fils, le futur Louis VIII à Blanche de Castille, futurs parents de St-Louis.
    L’église fut laissée à l’abandon après la révolution; déjà en 1830 nous pouvons lire sur la matrice cadastrale, "Ancienne Chapelle". Les pierres durent suivre le même sort que celles du Château, pillées au fil du temps.
    Du "Châteauneuf" il reste encore des ruines envahies par la végétation, et de l’église peut-être les fondations enfouies sous les éboulis de la falaise.
  2. L’église St Pierre de Port-Mort et le cimetière dont l’endroit n’a pas changé. L’axe de l’église était dirigé nord-ouest; elle se composait d’une large nef et d’un chœur rectangulaire au sud-est duquel s’élevait la tour carrée du clocher, les fenêtres étaient des baies flamboyantes de style fin XVe siècle. L’église date du XVe, XVIe siècle, les vitraux réinstallés dans l’église actuelle sont du XVIe siècle, ils furent classés monuments historiques en 1907. Les bulletins de naissances mariages et sépultures de cette Paroisse, actuellement connus remontent à l’an 1683.
    L’église St Pierre fut détruite à la même époque que la construction de la nouvelle église ( vers 1875 ), qui fut offerte en 1878 ainsi que le presbytère la jouxtant, à la commune de Port-Mort par le Comte et la Comtesse du Douet de Graville.

Le vicarial ainsi que des terres ayant appartenues à la fabrique de Port-Mort furent rachetés par Marie Clotilde de HAUTERRE, domestique de Monsieur le curé de Port-Mort, MARTIN, qui en fit légataire universel en 1816, la communauté des sœurs de la Providence en l’échange d’instruire "Gratis les enfants du sexe féminin des commines de Port-Mort et de St Pierre sous Bailleul".
De nos jours les sœurs de la Providence ont encore quelques biens en leur possession. Les murs de la maison du vicarial existent toujours mais tombent en ruine.

En 1830 la fabrique de Port-Mort avait repris forme avec un plus modeste patrimoine : 6 perches 1/4 de prés et 10 perches de labours; patrimoine enrichi en 1879 par la donation, suite à la construction de la nouvelle église, d’une rente annuelle de mille francs à 3 % sur l’État français par le Comte et la Comtesse du Douet de Graville.

En 1904 la fabrique de Port-Mort prend le nom de la fabrique paroissiale de Port-Mort.

En 1908 suite à la loi sur la séparation de l’église et de l’État (1905), les biens de la fabrique furent mis sous séquestre, mettant fin définitivement à l’histoire des fabriques de Port-Mort.

Ces biens seront restitués en 1910 au bureau de bienfaisance de la commune.


 
LA VIE PAROISSIALE À PORT-MORT AU XIXe SIÈCLE haut de page
Un document trouvé en brocante concernant une visite pastorale dans la paroisse de Port-Mort par l’évêque d’Evreux, Monseigneur Henri Marie Gaston de BONNECHOSE nous renseigne sur une partie de la vie de notre village à cette époque.

Transportons-nous donc en 1856.
L’église, placée sous le vocable de Saint-Pierre, se situe alors dans l’enceinte du cimetière actuel, au fond de celui-ci. Le cimetière actuel n’a donc pas changé de place, à l’exception de celui des enfants morts sans baptême et des non-catholiques, localisé de l’autre côté de la sente dite de Port-Mort au Mesnil (actuelle propriété LEHALLEUR).
L’église, décrite comme en assez bon état, a une longueur de trente quatre mètres et une largeur de onze mètres quarante cinq, chapelles non comprises. Elle dispose d’un clocher comportant trois cloches, ainsi qu’une sacristie attenante. A l’intérieur se trouvent trois autels dont un en mauvais état, les tableaux y sont décents et les statues non mutilées.
De l’autre côté de la rue Pointe Mulle se situe le presbytère avec un rez-de-chaussée en excellent état et un étage laissant à désirer. Une de ses pièces sert provisoirement d’école.
Le curé dit sa première messe journalière dans l’église paroissiale et bine dans la chapelle publique du château qui est en très bon état.

La paroisse est gérée par le conseil de fabrique depuis le 8 mars 1843, la fabrique possède tous les objets nécessaire au culte, ainsi que les bancs et les chaises. Son conseil se réunit en séance ordinaire au dimanche de la Quasimodo et le premier dimanche des mois de juillet, d’octobre et de janvier. Les marguilliers sont renouvelés annuellement.

Il y a dans le village une confrérie de la Sainte Vierge, composée de douze jeunes filles. Il existe dans la paroisse deux jours de procession. Le jour de la fête et celui de la translation des reliques de Saint Ethbin, deuxième patron de la paroisse, le premier étant Saint-Pierre.

Dans la suite du compte rendu de la visite pastorale, le prêtre fait des remarques concernant la conduite du maître d’école, celle-ci paraît très bonne, mais il est très difficile de se prononcer car le maître n’est dans la paroisse que depuis deux mois. Par contre la maîtresse d’école a "la conduite d’une bonne religieuse".
Il y a dans le village une sage-femme de "très bonne conduite" qui sait administrer le baptême.

Et les habitants ?....
Ils ne travaillent pas le dimanche à l’exception de ceux des mois de juillet et d’août. Cependant le curé se plaint que l’église n’est pas très fréquentée les dimanches chômés, surtout par les hommes bien que les cabarets soient fermés par la police locale durant les offices. L’autorisation de lever les récoltes n’est plus demandée.
Le curé regrette l’indifférence et l’indépendance de toutes lois religieuses. Lors des veillées, qui s’étalent de la Toussaint jusqu’au Carême, il n’y a plus aucune lecture pieuse et chant de cantiques. Au contraire ces veillées ne sont plus que des réunions de plaisirs et de danses où les parents ne paraissent pas prendre grande attention lorsque les enfants se retirent pour se coucher. Il y a même eu trois mariages purement civils !

Bref le début de la décadence, mais au fait pourquoi la dernière question du rapport est-elle en latin ? Ne doit-elle pas être lue et comprise par le commun des mortels ?
"Quo loco, quo anno et quâ die nata est ancilia pastoris ?"
Ce qui signifie:
"De quel lieu, quel âge et quelle naissance est la servante du curé ?"
Mais rassurez-vous, a Port-Mort, la morale est sauve car : "Le curé a sa mère et n’a point de servante" !

 

  Christian LORDI
   
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