| Depuis
de nombreuses années notre village s’appelle PORT-MORT.
C’est son nom officiel, reconnu par l’Administration.
Il est utilisé depuis une époque qui remonte au moins
à 1808. En effet, sur le registre paroissial de cette année
1808 et les suivantes, l’orthographe de PORT-MORT est utilisée.
La collection de registres paroissiaux, que nous avons pu retrouver,
ne remonte pas au delà et nous ne pouvons donc pas dater
le moment précis ou l’orthographe précédente
de PORMORT a été abandonnée.
En effet, avant d’être
PORT-MORT, notre village était PORMORT.
De nombreux documents, contemporains de la Révolution et
des quelques années qui ont suivi, nous prouvent que l’orthographe
de PORMORT était alors utilisée. Nous retrouvons cette
orthographe sur le plan de la commune daté de 1786-1787.
Nous la retrouvons sur les déclarations de propriété
faites par tous les propriétaires en 1791, en application
d’un décret des 20, 22 et 23 Novembre 1790. Nous retrouvons
PORMORT sur la matrice cadastrale établie en 1791, mais sur
laquelle on a enregistré les mises à jour des changements
de propriété jusqu’à l’an 7. Nous
retrouvons également PORMORT sur la carte de Cassini (c’était
la carte d’Etat Major de l’époque) éditée
en 1757.
Le dictionnaire étymologique
des noms de lieux en France indique que cette orthographe de PORMORT
pourrait remonter à l’année 1060. Ce même
dictionnaire a cependant noté qu’en 1075, un analphabète
ou un auteur ironique, a baptisé notre village PORCUS
MORTUUS, ce qui en latin pourrait être traduit par
"Porc Mort" ou "Cochon Crevé". Des erreurs
involontaires ont certainement donné naissance, au cours
des temps, à des orthographes approximatives. C’est
ainsi que, dans les chroniques des environs de l’an 1200 qui
nous sont rapportées par J. Mineray sur Gaillon et ses environs,
Blanche de Castille et
le futur Louis VIII se sont mariés à PURMOR
ou PARMOY. Madame Gautier rapporte,
dans le Plutarque Français de 1835, que, "La princesse
fut amenée par son père et toute la cour de Castille
aux frontières de Gascogne, où elle fut reçue
par Matthieu de Montmorenci, qui la conduisit en Normandie; son
oncle Jean-sans-Terre vint au-devant d'elle et l'accompagna à
PARMOY, où Louis l'attendait."
Si nous remontons encore un peu plus
loin dans le temps nous apprenons par le Charpillon (édition
de 1868) que Port Mort est cité en 690 dans une chartre de
Vandemir sous le nom de PORTUS MAURUS.
Cette chartre de Vandemir est ainsi rédigée «Nous
donnons au Monastère de PORTUS MAURUS, gouverné par
le vénérable Abbé Amalcaire, la petite localité
nommée Autils dans le pays de Maderie».
C’est donc, dans cette dénomination de PORTUS MAURUS,
qu’il faut rechercher l’origine de l’appellation
de notre village. Mr Gallais dans la plaquette “Etudes sur
l’histoire de Port Mort”, publiée en 1980 par
l’Association de Sauvegarde du site de Port Mort, s’y
est déjà employé et il signale, fort justement,
que c’est une tentative audacieuse car nous manquons de bases
précises et de documentation. Nous en sommes réduits
aux hypothèses.
Trois hypothèses ont
été envisagées :
1) Port-Mort pourrait être
un “Port désaffecté”. Cette hypothèse
est à écarter d’emblée car les 2 ports
qui ont existé dans notre village existaient encore jusqu’après
la Révolution et ils n’étaient donc pas “morts”.
2) Port-Mort pourrait avoir été
le siège d’une colonie de mercenaires d’origine
africaine, comme il en a existé de nombreuses vers le IVème
siècle.
3) Port-Mort pourrait être
le village d’un habitant appelé Maurus ou
Maur, propriétaire d’une grande exploitation.
Maur ou Maurus sont des noms assez répandus
à l’époque gallo-romaine.
Tout en formulant ces hypothèses
avec beaucoup de circonspection et de prudence Mr Gallais penche
pour cette 3ème hypothèse.
On peut aussi penser, tout en s’entourant
de la même circonspection et de la même prudence, que
la 2ème hypothèse est également plausible.
En effet, qu’est ce qu’un
portus en latin. C’est un port, évidemment,
avec tout le sens que nous donnons aujourd’hui à ce
mot. Mais c’était plus précisément un
abri sur la mer ou sur une rivière. Le sens de portus est
donc, sans doute, un peu plus large que celui de port et pourrait
désigner une installation sur l’eau servant d’abri.
Ce pourrait être, par exemple, le gué, traversant la
Seine, au droit de Chateauneuf construit au IVème siècle
par les Romains pour relier Eburovice (Evreux) à
Bellovaci (Beauvais). La construction de cette route, avec
passage à gué à Châteauneuf, nous est
révélée dans un mémoire de Maîtrise
de Pierre Come Duval en 1980 sur les données d’une
étude “Le réseau routier antique” de Baudot
en 1932.
Un portus était peut
être aussi ce que nous appelons maintenant un pertuis
que le Littré définit, entre autre, comme le nom donné
sur la rivière Seine aux rapides. Or le gué de Chateauneuf
où l’eau passait en bouillonnant entre les pierres
était bien un rapide, donc un pertuis ou peut être
un portus.
Cette installation avait été
réalisée par les Romains, mais la Rome Antique comportait
depuis l’an 40 une province, la Maurétanie, divisée
en l’an 42 en Maurétanie Césarienne à
l’Est et en Maurétanie Tingitane à I’Ouest.
Ces provinces occupaient la région occidentale de l’Afrique
du Nord et elles étaient peuplées de Maures c’est-à-dire
de Maurus dont un grand nombre a pu être incorporé
dans les Légions Romaines.
On peut raisonnablement penser que,
pour effectuer la manutention de gros blocs de pierre, les Romains
ont préféré confier cette basse besogne à
des légionnaires d’origine maghrébine, plutôt
qu’aux Romains habitant la future Italie, en réservant
à ces derniers le métier plus noble des armes.
Nous ne possédons malheureusement
pas de documentation permettant d’apporter une preuve à
cette hypothèse mais il est cependant permis de penser que
le nom de notre village peut provenir de l’utilisation, aux
environs du IVème siècle d’un contingent de
Maurus à l’édification du portus
qui permettait de traverser la Seine à gué.
|